Suivre sa vraie nature: Être un gars, selon Maxence Garneau

Maxence Garneau évolue dans le milieu de la télé montréalais. Un petit monde qui lui confère la latitude pour accomplir sa destinée: être fabuleux. Celui que vous connaissez peut-être pour ses looks célinedionesques créés durant la pandémie n’a toutefois pas toujours bénéficié d’une communauté aussi ouverte. Comment est-ce qu’on construit son identité, quand l’expression la plus authentique de sa masculinité défie les codes usuels? Maxence nous l’explique.

«J’tun petit gars du Lac. Un fier montréalais, né au Lac Saint-Jean et attaché à ma région même si à une époque, je ne me sentais pas libre d’être moi-même là-bas. J’t’un gars qui aime avoir du fun. Qui aime les gens. Et qui aime parler. Je suis surtout un gars qui a appris à aimer la personne qu’il est avec les années. Aujourd’hui, je me sens libre. Je pense que j’ai atteint ça, la liberté.»

Bonne journée, Madame?

Maxence a de beaux cheveux longs impeccablement coiffés, un sens du style à faire des jaloux. Et il se fait appeler madame. Souvent.

«J’ai toujours aimé les vêtements. J’étais un enfant calme, mais dès que les portes d’un magasin s’ouvraient, je devenais une tornade – à en faire virer folle ma mère! J’ai été élevé avec deux soeurs, ma mère, ma grand-mère, ma gardienne. Des femmes fortes. J’ai toujours trouvé magnifiques les vêtements féminins – même si ma mère, elle, trippait plus sur les vêtements de sport. Disons qu’aujourd’hui, c’est moi le plus girly de la famille.»

Pourtant, Maxence ne s’est donné le droit de s’aventurer du côté femme des boutiques que dans la 20ene. 

Le déclic: une vidéo créée sans intention, pour le fun. «Pendant la pandémie, je me suis rendu compte qu’un de mes vieux draps ressemblait à un outfit de Céline. Alors je l’ai recréé. Après ça, je voyais les looks de Céline partout dans ma maison et je me suis mis à en recréer avec des rideaux, des douillettes, des sacs poubelle… Pis ça adonne que Céline, elle porte des robes. Je n’y avais même pas pensé. Puis après en avoir publié quelques recréations, j’ai reçu plusieurs messages de gens qui me trouvaient audacieux et assumé de mettre des photos de moi en robe sur les réseaux sociaux. À partir de là, je me suis donné le droit de jouer entre les codes. Maintenant, le magasin au complet m’appartient. Femme ou homme, je ne me limite pas. Je rock n’importe quel morceau à ma façon.»

Être Fabulous, c’est pas toujours reposant! Mais c’est mon journey.

Le Maxence d’aujourd’hui brille d’une confiance contagieuse. Il fait partie de ces gens qui s’aiment sans condition, et qui aiment profondément les autres. Même s’ils ne récoltent pas que des fleurs en retour.

«Entrer dans un bar et voir que les toilettes sont individuelles, ça fait ma soirée. Ça m’enlève un stress. Ma toilette, ça a toujours été celle des hommes. Mais je ne m’y suis jamais senti en sécurité parce que c’est là qu’on m’intimidait ado. Aujourd’hui, au mieux, on me dit: ici c’est la toilette des hommes, Madame. Certains ont un mouvement de recul, ils pensent s’être trompés de porte. D’autres vont plus loin. Me suivent, se font des commentaires entre amis: hey, r’garde, y’a une fille à l’urinoir.»

«Parce que mes cheveux sont longs (et bien coiffés!), même si je porte des vêtements simples, on remet en question mon genre. Ces critères sont tellement superficiels, mais bien ancrés dans notre société. On veut mettre les gens dans des petites boîtes. Moi, je fais exploser ces boîtes et ça bug les gens. Je n’en veux pas aux gens qui me disent Bonne journée Madame! C’est le petit débat après qui est lourd: J’tun gars. Ah oui? Ben oui, j’te jure. Mon amie est trans aussi, mais elle est trop refaite. Toi, tu fais plus naturel. Non non, j’t’un gars, c’est tout.»

«Les gens ne veulent pas comprendre. Ils me mettent dans une boîte et je ne peux même pas leur expliquer qu’ils ont tort. Rien à faire.» 

Être un homme, un vrai

«Plus on est soi-même, plus on a de chances de briller à notre juste valeur.» C’est l’un des  principes qui guident Maxence. «On peut être un homme ET porter ce qu’on veut, prendre soin de notre apparence, être vulnérable, pleurer. On est tellement plus que notre genre! Être un homme, ça devrait se construire de soi à soi avant de passer par le regard des autres.»

Maxence a formé sa propre version de la masculinité sans modèles «À part Céline!». Il nous a confié qu’il s’est véritablement rencontré quand il a arrêté de se préoccuper du regard des autres. Et à 27 ans, il en est fier. «Je suis right on. Pile la personne que je voulais être.»

Trouver sa communauté

Quand on lui demande d’où lui vient toute cette confiance, Maxence n’hésite pas une seconde: les ami.e.s. «Je l’ai réalisé récemment, et ça me rend émotif. J’ai trouvé mes amis de fondation. Ceux qui me donnent la force de me construire et d’exprimer toutes mes couleurs. J’ai rencontré plein de belles personnes sur ma route. Mais ça a été long avant que je crée des connexions plus profondes.»

«Dans mes amis proches, je suis l’un des  seuls queer. Toujours en minorité. Mais ces personnes-là me prennent à 100% comme je suis. Même si certains sont du type hétéro en chandail des Canadiens. Sur papier, on n’aurait jamais dû cliquer. Mais au-delà des stéréotypes de la société, on s’accepte. À leurs côtés, j’ai trouvé la confiance de retourner dans ma région natale en jupe, sac à perles et top inspiration centre-de-table-à-franges-de-ta-grand-mère. J’ai marché comme ça dans la rue. Et je me suis senti en sécurité grâce à ces humains d’exception.»

Paroles sages pour la route

Défaire des codes, ça vient avec du jugement. Maxence mène ce combat au quotidien, comme beaucoup d’autres. «Me faire appeler madame, ce n’est pas une insulte. Strong independent women – comme celles qui m’ont élevé! Mais j’ai quand même dû apprendre à me défaire du jugement des autres pour que ça ne freine pas l’expression de mon identité.»

Comment on y arrive? «ASSUMEZ-VOUS!!! s’exclame Maxence en riant. Non, mais pour vrai, la liberté d’être soi-même est tellement plus satisfaisante qu’entrer dans le moule.»

«Des gens m’ont déjà dit: on va te rendre masculin. On va s’entraîner, tu vas prendre de la masse, et les gens vont savoir que t’es un gars. Merci, mais non merci! Le problème, ce n’est pas moi. Ça me rend triste pour eux, ça veut dire que ces gens-là ont mené leur vie en faisant des choix conscients ou pas pour fitter dans le moule.»

Et pour celleux auxquels le dit moule va comme un gant: «accueillez l’autre avec ouverture. Arrêtez de remettre en question l’identité des gens parce qu’elle ne ressemble pas à la vôtre. Toutes les identités sont valides.»

«Ça et, pour les matantes et les mononcles, bannir de votre répertoire la question: Pis, as-tu un ami? Non seulement ça me rappelle que je suis célibataire, mais en plus, ça invalide la légitimité des couples homosexuels. Deux gars qui s’aiment, ce sont des chums. Ça me tape sur le chou, fallait que ce soit dit.»

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